GAUCHE AVENIR VENDEE

Retour sur la soirée Gauche Avenir Vendée « Quelles pratiques pour réhabiliter la politique »?

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Sortir du partisanisme outrancier pour réhabiliter la politique ? par William Chevillon

Jeudi 31 janvier 2013, Rémi Lefebvre (1) et Jean-Luc Trotignon (2) étaient à La Roche-sur-Yon pour échanger sur les différents moyens de rétablissement d’une confiance des citoyens vers le politique. Un public totalement acquis à cette cause n’a pas limité le débat, au contraire, les différences de vues dans une même ligne permettent de transcender une sensibilité qui, malgré une unité commune, ne saurait être totalement singulière. Aussi, il n’est pas nécessairement pertinent de chercher à faire le compte-rendu exhaustif de la soirée ; Un focus sur un point précis s’impose donc, certes en toute subjectivité personnelle.

« Plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre […] même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave. »

Partir de cette citation de Condorcet (3) pour revenir sur le débat qui a eu lieu entre nos deux intervenants et le public n’est pas anodin. En effet, ce que nous dit le révolutionnaire et philosophe est conforme à ce que Mendès-France ou Brecht placèrent au cœur de leurs préoccupations politiques. L’abstention à beaucoup d’élections et la non-compréhension du fonctionnement des Institutions (à tous échelons) est l’expression – reconnue largement – d’un écart qui n’a cessé de croitre entre deux mondes qui sont devenus mutuellement hermétiques alors qu’ils devraient être en symbiose. La population ne disposant pas d’outils naturels d’accès à l’information, à l’analyse voire à l’activité politique, elle fait souvent preuve d’un fatalisme qui profite aux démagogues. De l’autre côté, les partis vivent dans une certaine complaisance qui devient et demeure ce que les néoplatoniciens qualifieraient de « Bourbier ». Si les bienpensants cris d’orfraie ponctuels permettent d’éviter que les extrêmes n’accèdent à trop de pouvoir, jamais la limite n’a été aussi fine. A défaut de se préserver derrière un socle éthique et derrière l’exercice de la citoyenneté on peut se demander si finalement la République et ses valeurs ne seraient pas à l’image de l’inutilité militaire de la Ligne Maginot. Au-delà de toutes considérations politiques liées à cet exemple (qui n’a ici que valeur militaire et donc matérielle), il faut reconnaitre que l’entrée de radicalismes dans les partis dits « de gouvernement » pose un réel problème.

« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin dans une urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis à se désintéresser, s’abstenir, se taire, pendant cinq ans. Elle est action continuelle du citoyen, non seulement sur les affaires de l’État, mais sur celles de la région, de la commune, de la coopérative, de l’association, de la profession. Si cette présence vigilante ne se fait pas sentir, les gouvernants (quels que soient les principes dont ils se recommandent), les corps organisés, les fonctionnaires, les élus, en butte aux pressions de toutes sortes de groupes, sont abandonnés à leurs propres faiblesses et cèdent bientôt soit aux tentations de l’arbitraire, soit aux routines et aux droits dits acquis. Le mouvement, le progrès ne sont possibles que si une démocratie généralisée dans tout le corps social imprime à la vie collective une jeunesse constamment renouvelée. La démocratie n’est efficace que si elle existe partout et en tout temps. »

Pierre Mendès-France assume ici (4) une revendication démocratique conforme à la signification première de la notion de citoyenneté. On peut ne pas adhérer à la ligne économique, européenne… de P. M.-F., mais sa conception de la vie politique et publique reste profondément actuelle plus de cinquante ans après son expression. L’adresse à la jeunesse du 20 décembre 1955 (5) est également une référence incontestable du domaine. Limitation du cumul des mandats dans le temps, parité, démocratie représentative, démocratie participative… les moyens ne manquent pas pour modifier et assainir la vie politique, à condition évidemment que le législateur accepte de se séparer d’avantages qui sont les siens, malgré le faible caractère éthique qu’ils représentent. Au-delà de cela, c’est le rôle des partis politiques qui doit être réinventé ou, du moins, retrouvé. Avec parfois autant d’élus que de simples militants, les organismes politiques ont un rôle qui s’apparente de plus en plus à une fonction d’apparat alors qu’ils devraient plutôt tendre vers une fonction d’éducation populaire et de pédagogie. C’est en cela que des financements publics non-électoraux sont octroyés à des organes politiques (de jeunesse notamment) dans certains pays européens. Si la question d’un subventionnement des partis n’apparait pas comme envisageable et envisagée en France, les regroupements partisans doivent accepter de sortir de la ponctualité militante électorale et des actions éparses de tractage, collage… pour un rapport à la société civile et aux associations revu. C’est une vison qui peut paraitre idéaliste, mais le divorce que nous observons actuellement en France finit par donner raison à cette conception. Ca n’est d’ailleurs pas pour rien que les statuts de partis comme le P.S. imposent une activité associative et syndicale à leurs militants. L’idée de « générateur d’élus » prédomine malheureusement.

 

Sans aller plus loin dans l’analyse, l’exemple actuel des débats parlementaires sur le mariage et l’adoption pour tous les couples est la démonstration de clivages qui peinent à être dépassés. Il est plus facile de suivre le sens du vent en se taisant qu’assumer sa liberté et indépendance propres, quitte à renier sa façon de penser… Jean Zay parlait des affres de la « passion politique » (6) dans le sens ou l’aveuglement partisan prenait le pas sur la raison, l’analyse et les convictions. En 2013, les conséquences du 21 avril 2002 n’ont toujours pas été tirées au point qu’on pourrait parler d’une certaine régression…

La démocratie maintenant, chiche ?!

William Chevillon

 

1 : Professeur de sciences politiques à l’Université Lille II, chercheur au C.E.R.A.P.S. (Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales – C.N.R.S.)

2 : Délégué national de l’association Anticor luttant contre la corruption et pour une meilleure démocratie représentative

3 : Cinq Mémoires sur l’instruction publique – 1791-1792

4 : Pour une République moderne – 1955-1962

5 : http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/pierre-mendes_france/mendes_france-8.asp

6 : Souvenirs et solitude – 1946

 

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